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Rencontre avec Margot Chevrier : ITW

Crédits photo : Margot Chevrier / Sans Filtre

Nous avons eu la chance de rencontrer Margot Chevrier, perchiste française âgée de 22 ans. Elle nous a retracé son parcours, allant de ses débuts dans le sport au déroulement de ses entrainements aujourd’hui.

 

Présentez-vous en quelques mots

Je m’appelle Margot Chevrier, j’ai 22 ans et je fais de la perche depuis 2015. Je suis licenciée au club du  Nice Côte d’Azur Athlétisme et je suis également en 4e année de médecine à Nice. J’ai un record à la perche à 4m70. Je suis 5 fois championne de France et j’ai fait 3 sélections en équipe de France pour les championnats d’Europe par équipes, les championnats d’Europe espoirs et les championnats du monde en salle cet hiver.

 

Comment se lance-t-on dans l’athlétisme ? Et dans la perche ?

J’ai commencé quand j’avais 12 ans, mon père faisait du demi-fond et du fond quand il était jeune. J’ai toujours entendu parler de sport quand j’étais petite. Il ne voulait pas que je commence trop tôt parce que le risque était qu’on en soit dégoûté. Quand on commence tôt l’athlétisme souvent soit on s’ennuie parce que ce n’est pas un sport super drôle soit on en fait trop longtemps. Si on commence à 5 ans, 10 ans plus tard on a que 15 ans, et toujours pas atteint le haut niveau. On se lasse donc un peu. C’est pourquoi mon père a toujours un peu repoussé le moment. 

Tous les ans, je voulais prendre une licence dans un sport et il me disait “attends un peu”. Donc j’ai fait plein de sports avant et puis lorsque je suis arrivée à mes 12 ans, je me suis dit “Bon allez maintenant je vais me lancer” et il a approuvé. 

Au début, on fait un peu de tout. je n’ai pas commencé directement en me disant “allez je vais faire de la perche”. Je ne connaissais pas plus que ça. Au début, on fait toutes les disciplines. On commence par la course parce que c’est plus simple. Il y a les cross de collège, les cross pour les clubs et puis on fait des haies. Pour la perche, cela vient un peu plus tard parce que c’est souvent réputé comme dangereux. Ce ne sont pas les disciplines les plus faciles à pratiquer. De plus, on manque un peu de coach dans les clubs qui le pratique. 

Quand j’ai commencé la perche, je découvrais tout. Cela m’a directement plu et cela m’a paru bien plus amusant que de faire un cross. Je me suis vraiment éclatée et je n’ai jamais arrêté depuis.

 

A quoi ressemble un entraînement ? 

Au haut niveau, l’entraînement est différent. Il y a pas mal de musculation et de gym. On fait un peu d’entraînement athlétique sur les différentes séances. Quand on commence la perche, on a une perche qui ne plie pas. On essaye déjà d’arriver sur le tapis qui doit être peut être à 1m20 de haut. Puis petit à petit on progresse, on court de plus en plus vite. On a des perches avec  flexion. 

Après 6 ans de pratique, on a de vraies perches. 

J’ai une à deux séances de saut par semaine. Tout le reste c’est de la gym, du sprint mais aussi de l’aérobie et pas mal de musculation. Je passe plus de temps au stade à faire autre chose que de sauter. Ce n’est pas dangereux, c’est marrant. Il y a une maîtrise qui fait que ce n’est plus dangereux. Mais lorsque cela se passe mal, cela peut être un peu extrême comme sport. 

La perche est un sport progressif. On s’habitue à la hauteur, à la vitesse qu’on prend. Au début, les flexions sont toutes petites puis deviennent de plus en plus impressionnantes. On s’adapte psychologiquement et physiquement au fur et à mesure que l’on progresse.

 

Combien de temps t’entraînes-tu par semaine ?

Cela dépend des moments. J’ai des aménagements avec la fac donc cela me libère du temps. J’y passe un seul semestre par an. Lors de ma première année de médecine l’année du concours, je n’ai pas eu d’aménagement. J’ai aménagé moi même mon entraînement en m’entraînant 1 fois, peut être 2 fois par semaine mais pas plus. 

J’ai privilégié mon année d’étude parce que je ne voulais pas faire mon concours en 2 ans. J’ai préféré mettre toutes les chances de mon côté. J’ai calmé l’entraînement. 

C’est la seule année où j’ai vraiment mis les études en avant parce que en 2e et 3e année,  il y avait toujours une grosse quantité de travail mais j’avais l’habitude de la première année. J’étais dans le rythme et on n’était jamais en stage à l’hôpital. Enfin on avait deux semaines par an à l’hôpital donc c’était gérable. On fait aussi beaucoup de distanciel même avant le COVID. On a tous nos cours et on les bosse comme on veut, quand on veut. Faut juste qu’on soit prêt le jour du partiel. C’est propre à la faculté de Nice. Ce n’est pas pareil partout en médecine. 

J’ai une pile de cours en début d’année, je sais que j’ai 6 mois pour les bosser alors je me débrouille, je m’organise. Je savais qu’en septembre pendant que les copains faisaient leur mois d’intégration, moi j’allais déjà commencer à bosser tranquillement. 

Je m’en suis sorti sans aménagement jusqu’à la 4e année. A partir de Là, cela se complique parce qu’on est en stage. On est alternant donc un mois sur 2, on est à l’hôpital à temps plein. Et un mois sur 2 on bosse à temps plein nos cours. Cela devient compliqué entre les compétitions tous les week-ends et les stages d’entraînement où je vais partir à l’autre bout du monde pendant 2 semaines.

 Je savais déjà avant de me lancer que c’était infaisable sans aménagement et maintenant que je suis dedans je confirme : c’est infaisable sans aménagement. J’ai fait le choix de me dire que de toute façon j’ai des études qui sont très longues. Donc très longues pour très longues j’ai décidé qu’en une année, je passerais un seul semestre au lieu de passer les deux. 

J’ai donc plus de temps pour travailler. J’ai quand même mes stages un mois sur deux. Ça je ne l’ai pas aménagé parce que je ne le voulais pas. Déjà c’est super dur de faire que de la théorie. Alors si ‘il n’y a pas de stage c’est compliqué de trouver l’intérêt d’étudier des cours par cœur. 

Tous les mois je suis en stage. Et en même temps c’est ça qui me plaît : être avec les patients. 

Je peux avoir un peu plus de congés que les autres. Souvent le vendredi lorsque j’ai des compétitions je ne suis pas en stage parce que je suis en déplacement pour mes compétitions. Ou alors je suis là le vendredi mais pas le lundi parce que je reviens. J’ai toujours eu des chefs plus intrigués par le projet qu’autre chose, ils n’étaient jamais là à me dire “Non tu viens en cours comme tout le monde ou tu viens en stage comme tout le monde”. Et ça c’est quand même top, j’ai moins d’obligations que les autres sur le fait d’être en stage. 

Il faut quand même que je valide mes années, mes matières. Et que je présente . Si je ne suis pas là, ils ne vont pas me valider. Mais globalement les aménagements font que je m’en sors. Après cela reste beaucoup d’organisation, beaucoup de travail surtout à un mois du partiel mais je pense que si vraiment tu as envie de le faire et que cela te plaît, il faut le faire.  

 

Quels sont tes projets futurs ?

Sur le plan sportif, j’aimerai faire une médaille aux Jeux olympiques

Si je suis prête pour Paris 2024, j’espère que ce sera là. Car Paris 2024 ce sera à la maison. Sinon ce sera en 2028. 28-29 ans, c’est un peu les années d’or quand on est professionnel à la perche. J’aurai 28 ans aux Jeux olympiques de Los Angeles. 

Sur le plan vraiment professionnel cela va dépendre de mon niveau sportif et de ce qu’on peut faire en terme d’aménagement.

 Parce qu’après le concours de 6e année, il y a l’internat qui commence. Et l’internat c’est encore un niveau supérieur. Techniquement, on a plus de partiels mais par contre on est 24 heures sur 24 avec les patients en fonction de la spécialisation que l’on choisit. Il y a des gardes de 48 heures non stop. Tu ne dors pas, tu ne rentres pas chez toi. Les choix de spécialités se feront par rapport aux aménagements et à mon niveau sportif à ce moment-là. 

Pour l’instant, j’ai envie de faire gynéco obstétrique sauf que c’est un des internats les plus durs. 

On passe presque 80 heures par semaine à l’hôpital. Il y a des gardes tous les 4 jours, on fait 24 heures de garde de nuit. Il y a 6 ans et si en plus on les aménage ça va peut-être être plutôt 7, 8 ou 9 ans. En l’état actuel des choses, c’est impossible de faire cela et de l’entraînement de haut niveau. Et je n’ai pas envie de m’entraîner pour ne pas faire les performances que j’ai envie de réaliser. Donc si ça reste comme ça actuellement je pense que je partirais sur de la médecine générale. 

Concernant l’avenir, j’aimerai ouvrir une clinique ou au moins faire ma thèse sur “L’avant, le pendant et l’après grossesse des sportives de haut niveau”. Ou juste des sportives qui ont envie de reprendre rapidement ou qui n’ont pas envie d’arrêter le sport pendant 9 mois. On se rend compte que quand on a un projet olympique ou qu’on est interne et qu’on veut faire un bébé, il faut clairement avoir fait des études d’ingénieur pour calculer le bon moment. Le mieux est de le faire  juste après une olympiade pour avoir le temps de s’en remettre. 

Aujourd’hui, on ne peut pas être enceinte et s’entraîner correctement. Il faut être consciente qu’après il va falloir peut-être un an ou un an et demi pour revenir à niveau.

 Je pense que c’est parce qu’on n’est pas forcément bien pris en charge. Il y a surement des études à faire sur ce sujet afin de montrer qu’en fonction de comment on accouche et de la prise en charge, les choses peuvent être différentes.  

 

Parle-nous un peu de ta recherche de sponsors ?

Ce n’est pas du foot hein ! En athlétisme, on n’est pas rémunéré par nos clubs ou par les fédérations. Quand on est rémunéré par des sponsors c’est pas non plus des quantités hallucinantes. Si on a un job à côté ça peut le faire. On peut rapidement se retrouver à un niveau de salaire où on va pouvoir en vivre ou même faire des économies. 

Mais quand on est étudiant déjà avoir le double projet c’est compliqué parce que au niveau timing il faut s’organiser. Si en plus il faut avoir un job à côté c’est infaisable. 

Entre le moment où on a un niveau qui nous oblige à partir en compétition, à avoir des frais matériels, des frais d’entraînement, de la récup, des soins, cela commence à être compliqué financièrement. On doit dépenser de l’argent de tous les côtés et on n’a pas forcément les revenus qui permettent d’avoir cet argent-là. C’est toujours ma problématique. La saison dernière, c’est mon club et mes parents qui les ont payés. Sur mes économies de “sous le matelas”, je ne sais pas comment j’ai fait pour payer mes derniers loyers. 

Ce n’est pas simple pour la vie de tous les jours en tant que personne. Et encore moins simple pour la performance. 

Cela n’aide pas à la performance, ça met une pression en plus. Le stress est tout le temps là. Je suis plutôt quelqu’un de détendu mais quand tu ne sais pas quand le salaire va tomber, ou pour quand le loyer va tomber c’est compliqué. 

Chercher des sponsors, faire toute cette démarche là de recherche de partenariats ça prend un temps fou. Temps que je n’ai pas en médecine. Je pense que d’ici un an ou deux, je serai tranquille. Mais pour l’instant ce n’est pas le cas. Je prends toute aide qui est prenable. 

 

Selon toi, quelle est la place de la femme dans l’athlétisme ? Et en fac de médecine ?

Je crois qu’en médecine, on est pile ce qu’il faut entre hommes et femmes. Je pense que c’est dur pour tout le monde ou alors c’est facile pour tout le monde. Il s’agit juste de savoir si on a l’état d’esprit, si on peut mettre en place ce qu’il faut. Dans mon sport, je trouve que cela se ressent moins. C’est un sport dans lequel, on a eu un record du monde. On a eu de superbes résultats. C’est un sport aussi olympique, il a toujours été assez médiatisé. Il y a un niveau mondial féminin qui est assez dingue. C’est également le cas chez les hommes. 

C’est un sport spectaculaire autant chez les femmes que chez les hommes. 

Les gens de l’extérieur ne se rendent pas forcément compte qu’il y a un monde de différence entre nous. On a clairement des différences physiques et des capacités physiques différentes. On ne fait pas les mêmes performances. Dans des disciplines comme le sprint ou le demi-fond, la différence est plus flagrante je pense. On le ressent moins à la perche. 

Cette différence la de femme sportive Je l’ai ressenti quand j’étais plus jeune et que je voulais me lancer sur cette discipline. 

Si tu fais du sport au collège, t’es un garçon manqué ! C’était un peu mon cas parce que c’était un peu ma façon de m’imposer dans mon sport. 

Je m’amusais quand je faisais du foot en primaire ou au collège. Si j’avais envie de faire un foot à la récré, je faisais du foot. C’est vrai que si tu débarques en jupe dans la cour de récré, il y en a qui vont refuser que je joue. Alors qu’au final j’avais carrément le niveau. J’ai des compétences en sport et c’était  ma seule façon de le montrer et de faire comme les autres.

Dans mes études, j’ai jamais entendu des choses liées au fait que je suis une femme. 

Si je veux faire un double projet, je le fais. Je pense que si j’avais été un homme, j’aurais peut-être moins eu de doutes. J’ai dû prendre conscience que je pouvais avoir des projets tout aussi grands que les hommes pour y aller à fond. Il y a des cheffes d’entreprise incroyables !

 

As-tu un petit quelque chose à dire aux femmes qui souhaitent se lancer dans l’athlétisme ? Et dans la médecine ?

C’est quand même beaucoup plus les femmes qui gèrent tout ce qui est famille et enfants que les hommes. Je me dis si déjà tu peux gérer ça dans ta vie, je pense que tu peux tout gérer. 

Si tu es capable de faire tes études et de gérer un enfant de la grossesse, à l’accouchement et jusqu’à ses 18 ans, alors plus rien ne peut t’arrêter. 


Et puis on est tous fait pareil à peu de choses près. On est tous constitués de la même façon et on n’a pas plus ou moins de mental que les autres. 

Je pense que si on a envie de faire quelque chose qu’on soit un homme ou une femme, on a les mêmes chances d’y arriver. 

On va peut-être avoir plus de difficultés parce qu’ on va être confronté à des gens qui ne vont pas forcément y croire. Mais ça j’ai envie de dire qu’il y a aussi des hommes qui ont des projets de fou. Et on va leur dire que le projet ne tient pas la route. 

Si toi t’es persuadé que ça tient la route et que tu mets en place ce qu’il faut pour que ça tienne la route, je pense qu’ à la fin tu vas y arriver.  

Personnellement on du me dire,  peut-être 50 fois que je ne réussirai pas médecine. Alors que moi, je me suis dit que je pouvais le faire et que je pouvais continuer l’athlétisme malgré ça.  Il y a encore des gens qui me disent que ça ne va pas durer mais je continue d’y croire. C’est vraiment un état d’esprit à avoir. 

C’est Marie-Jo Perec qui a dit ça, il n’y a pas très longtemps. On avait un rassemblement avec les jeunes où elle était là et elle nous a dit que si on nous refermait la porte, il fallait passer par la fenêtre. C’est quelque chose que je fais tous les jours. Il y a forcément des gens qui vont finir par t’aider et peut être que ça va prendre plus de temps mais ce n’est pas un échec. 

 

Un mot pour la fin ?

Je n’ai jamais eu de différence avec mon frère. Mes parents ne l’ont jamais fait sentir non plus. Je pense que comme j’ai grandi dans cette bienveillance, je ne me suis jamais dit “ dehors c’est comme ça”. Et le fait de se lancer dans un gros projet et peut-être dans un milieu sportif c’est intéressant. J’ai grandi dans ce confort-là parce qu’il y avait beaucoup de bienveillance. Ce n’est pas le cas de tout le monde. Peut-être que pour moi ça a été une facilité d’être dans cet état d’esprit là. 

Tu as un objectif, tu mets ce qu’il faut et tu vas y arriver. C’est aussi un peu mon caractère de me dire que je vais tout faire pour te montrer que j’avais raison. Je pense qu’il n’y a rien d’impossible. 

Alors c’est sûr que c’est compliqué et je pense que peut-être qu’à la base, il y avait des facilités aussi mais je suis pas toute seule à avoir des facilités. Je pense que je suis encore moins seule à avoir envie de le faire. 

J’ai souvent des conversations avec des plus jeunes qui veulent faire médecine tout en continuant leur sport. Je leur dis que c’est tout à fait possible. Surtout aux filles je leur dis de ne pas laisser tomber le sport ou les études parce que ce sont des filles ! 

C’est propre à chacun, à son échelle de difficulté. Ce qui compte c’est ce que tu as fait, ce que t’as envie de faire. 

Mon job c’était de montrer que c’était faisable et je le montre. Je trouve que c’est important et plus on en parle plus cela peut motiver des gens ! 

Que ce soit les jeunes pour les études, le sport ou n’importe quel projet. Je fais du sport et des études donc forcément les jeunes qui font du sport en étudiant ça me touche. Et j’ai envie de leur dire d’aller jusqu’au bout. Je me rends compte que c’est le cas pour beaucoup de choses dans la vie. 

 

Merci à Margot pour cette interview inspirante ! N’hésitez pas à la suivre sur son compte Instagram pour la suivre dans son parcours. 

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