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Interview avec Clémence Beretta, spécialiste de la marche rapide.

Récemment, nous avons réalisé une interview en compagnie de Clémence Beretta, adepte de la marche rapide. Son témoignage retrace sa passion pour cette discipline et les moments marquants de sa vie. Elle se livre à cœur ouvert sur ces périodes difficiles qui ne l’empêchent pas de vibrer dans le sport tout en pratiquant des activités qu’elle aime. 

 

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

 

Crédit photo : Clémence Beretta

 

 

 

 

Je m’appelle Clémence Beretta, je suis spécialiste de la discipline la moins connue de l’athlétisme : la marche rapide. J’ai pour projet à court terme une qualification aux Jeux Olympiques de Paris. 

 

 

 

 

Quel est ton parcours professionnel ?

 

J’ai d’abord fait une licence marketing-communication. Par la suite, j’ai eu une convention d’insertion professionnelle. Quand on est athlète de haut niveau en France, on peut avoir des conventions qui sont payées par l’Etat. Cela nous permet d’avoir un détachement de notre temps de travail. Par conséquent, j’ai été embauchée en CDI dans un cabinet d’ingénierie médicale. J’étais donc payée à temps plein mais en étant détachée à 50%. Cela m’a permis pendant deux ans de travailler plus de 17 heures par semaine. De ce fait, tout le temps restant était consacré à mon entraînement. 

Cet aménagement s’est terminé en 2021. C’était une période importante dans ma vie car cela a été un tournant professionnel et sportif. Quand j’ai perdu cet aménagement, je me suis retrouvée au pied du mur. Je devais reprendre un temps plein de 35 heures. Cependant, ce n’était pas compatible avec mon projet sportif. Je me suis dis que j’avais deux choix. Soit je subis le fait de ne plus avoir cet aménagement, soit je rebondis. Mais cela a été dur. Du jour au lendemain on peut tout perdre, surtout à deux ans de Paris. 

J’avais des compétences en communication alors je les ai mises à profit en étant freelance. J’ai ainsi trouvé l’année dernière un contrat avec un magasin de sport. Cela me permettait de m’assurer un revenu. Et en même temps, j’avais beaucoup de temps dégagé et une grande flexibilité pour l’entraînement. 

En 2021, j’ai créé Yogisens. C’est une boutique en ligne spécialisée dans les articles de bien-être. C’est vraiment une toute autre partie de la Clémence Beretta sportive. En fait, j’aspirais à quelque chose d’autre quelque part. Quand on est athlète de haut niveau, on pense qu’on se dédie à 100% au sport et qu’on met entre parenthèses sa vie pendant des années sans rien faire d’autre. Mais je n’étais pas forcément d’accord avec cette idée. J’avais besoin d’avoir un équilibre autre que le sport. C’est très masculin et scientifique et cet univers-là ne me ressemblait pas totalement. Ça a été un long cheminement et je me suis rendue compte que j’étais très créative. J’avais besoin de créer avec mes mains et je voulais développer un business. 

Je me suis mise à fabriquer des bougies particulières. J’y mets des pierres en rapport avec la lithothérapie. Je vends aussi d’autres produits tels que des pierres ou des bijoux. Je me suis créé un véritable équilibre. Cela fait un an que j’ai créé la boutique et que je me suis lancée en freelance. J’ai fait le bilan et j’ai passé un très bel été. Pas mal de choses se sont débloquées sportivement. J’ai donc décidé depuis quelques semaines d’arrêter de travailler freelance, qui représentait une solution de sécurité par rapport au salaire. Je me consacre uniquement au sport et je développe à côté mon entreprise qui est une porte de sortie. Si dans 10 ans j’arrête ma carrière, j’aurais ce business que j’ai créé en 2021.

 

Tu te décris comme une sportive de haut niveau dans le domaine de la marche athlétique, est-ce que tu peux nous dire en quoi consiste cette discipline ?

 

C’est drôle parce que la Belgique est l’un des rares pays d’Europe où il n’y a aucun marcheur. En Europe, tous les pays ont de très bons marcheurs. Mais la Belgique est l’un des pays où ils ne sont pas représentés. 

 

Crédit photo : Clémence Beretta

 

Il y a deux distances olympiques dans la marche athlétique. Le 20 km et le 50 km qui n’a pas été reconduit. Maintenant, c’est le 35 km. Personnellement, je suis sur le 20 km. C’est une discipline qui s’apparente un petit peu au marathon. Bien sûr, techniquement c’est autre chose. Il y a cet aspect technique qui rend la marche particulière. Mais d’un point de vue de l’entraînement, c’est très proche de quelqu’un qui va faire un semi-marathon ou un marathon. 

 

 

Notre spécificité est qu’on est la seule épreuve d’athlétisme qui est soumise au jugement humain. On marche sur une boucle de 1 km ou de 2 km selon les parcours. Autour de ce parcours, il va y avoir des juges internationaux qui vont décider ou non si l’on respecte les règles. Il y en a deux : 

  • Il faut toujours avoir un contact au sol permanent. C’est ça qui nous différencie de la course.
  • Il faut toujours avoir un genoux tendu. 

 

Tu disais que ton entrainement était plus au moins similaire à celui du marathon. En quoi consistent les entraînements ? 

 

Personnellement, je m’entraine 11 fois par semaine en dehors des périodes de stage où cela peut augmenter. Il y a des sorties longues (de 1h30 ou 2h), il y a des sorties d’entraînement sur pistes ou l’on travaille la vitesse, il y a des séances de musculation, … C’est calqué sur un coureur sauf qu’on va avoir une foulée différente puisqu’on va marcher. Dans mon entrainement, la course est complètement intégrée de manière minoritaire. Je cours quand même 30 km sur une semaine.

 

Pourquoi avoir choisi cette discipline ? 

 

Mon père est le président du club d’athlétisme depuis toujours. On est un club formateur. Le panel et l’éventail de disciplines font la richesse de l’athlétisme. On a toujours voulu nous enseigner ou nous faire découvrir toutes les gammes athlétiques. Il y a les sauts, les lancers, la course, la marche. On m’a fait essayer la marche à 10 ans et ça a été très naturel. Quand on est enfant, on mentalise beaucoup moins que quand on est adulte. On fait les choses spontanément sans réfléchir, on est dans la pureté et l’innocence. Quand quelque chose nous plaît et nous semble facile, on va continuer. Donc, j’ai commencé de cette manière : on m’a fait essayer et j’ai mordu à l’hameçon. 

 

Qu’est-ce qui te plait le plus dans cette pratique sportive ?

 

Crédit photo : Clémence Beretta

C’est une réponse qui se construit d’années en années. Plus je grandis, plus je performe et plus je me la pose. Je me dis que c’est incroyable parce que je fais une discipline peu connue et intrigante. Il y a quelque chose qui me fascine. Je fais cette discipline très dure techniquement. Elle s’apparente à une forme de marathon mais avec un aspect technique qui rend la chose très compliquée. Il y a un coût énergétique du geste qui est plus dur pour le corps que la course à pied. Je me rends compte que j’aime beaucoup cette singularité.

Quand j’étais enfant, je ne l’ai pas choisi pour ça mais j’ai toujours eu une appétence pour le sport d’endurance. J’aimais beaucoup courir longtemps. Je n’aimais pas forcément la vitesse pure ou le sprint. En grandissant, je me rends compte que je trouve cela gratifiant de faire cette discipline où il y a presque tout à faire pour la faire connaître. 

L’aspect technique de la marche est très limitant. On pense qu’on n’a pas la technique et qu’on ne peut pas faire de marche. Mais il y a tout à faire et j’ai à cœur de démocratiser cela. C’est aussi une manière de faire valoir le sport au féminin via une discipline peu connue. C’est à double tranchant. Il va y avoir les médias ou les super marques qui ne vont pas s’intéresser à nous. Ils vont uniquement aller vers du sport-business. Mais de l’autre côté, ils se disent que c’est bien  car il y a un quelque chose à raconter et à faire. J’adore être la porte-parole de cette discipline-là. 

 

Sur ton site, tu écris des articles axés sur le développement personnel et la santé mentale. En quoi ces thématiques sont importantes pour toi ? 

 

 

C’est mon parcours de vie qui a fait cela. J’étais une personne et une athlète qui, à la base, ne s’écoutait absolument pas. J’ai fait un burn-out à 19 ans en 2017. J’ai compris qu’il était en ébullition en moi depuis des années. J’étais assez jeune et dès mes 15 ans, j’avais un comportement qui n’allait pas du tout. Je me suis autodétruite sur plein de choses. Mais je n’en n’avait pas conscience. Le burn-out a donc été une énorme claque dans ma vie. Il m’a fait réaliser que je ne pouvais plus continuer à vivre ma vie tout en étant dans la dissociation totale de mon corps et de mes émotions. 

Il y avait aussi peut-être une quête identitaire. Je me définissais uniquement à travers le sport. En réalité, c’est une partie de moi mais ce n’était pas totalement moi. Je ne l’avais pas compris. Beaucoup de choses m’ont amenées à ce burn-out. La thérapie a été très longue car cet épisode a soulevé beaucoup de choses. Sur le moment, c’est un épuisement du corps, il nous lâche. Mais ensuite, cela soulève plein de questions sur pourquoi on en est arrivé là. Il n’y a pas une seule réponse.

 

Crédit photo : Clémence Beretta

 

Dans la vie, on ne cesse d’apprendre sur soi, sur qui nous sommes. Le sport est magnifique pour cela. C’est grâce à lui que j’ai autant appris sur moi. Je me suis dit que j’avais des choses à transmettre. Pour beaucoup, le sport de haut niveau est inaccessible. On pense qu’on ne peut pas forcément s’identifier aux sportifs de haut niveau mais je pense que si. 

 

 

 

L’archétype, c’est que le sportif de haut niveau est un super héros. Mais la réalité c’est que nous sommes juste des gens normaux. On fait peut-être quelque chose d’anormal car le sport est pratiqué à l’extrême mais nous avons les mêmes émotions et problèmes que les autres. Mais nous les vivons simplement de manière plus exacerbée de par ce que l’on fait. Je me suis dit que je pouvais parler de mes expériences car aujourd’hui, je suis sûre qu’il y a des gens même non sportifs qui vont se reconnaître dans mes paroles. 

L’un des premiers sujets que j’ai abordé était de faire du sport dans une approche bienveillante. En effet, cela peut sauver des carrières et des gens. Dans le sport de haut niveau, c’est quelque chose de presque inaccessible. Aujourd’hui, c’est de mieux en mieux mais en 2017, il n’y avait aucune prévention mentale. Dès lors que je suis entrée dans le centre de haut niveau au Pôle France, on nous disait d’aller chez le psychologue si on avait un problème. C’était désastreux. 

 

Quels sont tes projets pour l’avenir ? 

 

L’objectif majeur c’est Paris. Le compte à rebours est lancé. Juste avant, ce seront les championnats du monde en août 2023. Mentalement et nerveusement, il y a déjà des doutes et des questions qui se soulèvent donc ma vision s’arrête à 2024. 

D’un point de vue professionnel, je voudrais continuer à décrocher des partenariats ainsi que des sponsorings qui me permettent de financer ma saison sereinement. 

De manière générale, je souhaite continuer à développer mon entreprise. C’est atypique de mener une carrière de haut niveau et une entreprise mais j’ai trouvé un équilibre. J’apprends dans les deux domaines et l’entreprise me pousse vers le haut. 

 

Quels conseils pourrais-tu donner à ceux qui souhaitent se lancer dans la marche athlétique ?

 

De manière générale, ne vous mettez pas la pression. Au début, on veut trop bien faire et on n’est pas indulgent avec soi-même. Il faut se laisser le temps d’intégrer la technique. Ça ne sert à rien d’aller vite si on ne sait pas bien marcher. J’incite à la discipline de la marche car elle est non traumatisante par rapport à la course à pied. La foulée est aérienne dans la course à pied car on va absorber les chocs. 

C’est intéressant pour ceux qui ont des problèmes, qui font de la rééducation ou qui ont eu des traumatismes au niveau des chevilles, des genoux, du dos. En effet, il n’y a aucun risque pour les articulations. Il y a plein de raisons qui font que la course à pied est trop dangereuse ou représente un frein pour les gens. La marche est un sport qui peut se pratiquer en santé/loisir. C’est important de le souligner. On parle souvent de la course à pied santé/loisir mais pour certaines personnes ce n’est pas possible de la pratiquer. Donc la marche rapide ou sportive, sans parler de technique ni de compétition, peut être une bonne option. Elle fait travailler le cœur et les muscles sans aucun choc. 

 

Aurais-tu un petit mot de la fin ?

 

Crédit photo : Clémence Beretta

 

 

S’il y a bien une chose qu’il ne faut pas oublier, c’est que peu importe son niveau, que l’on soit champion olympique ou débutant, la seule chose qui doit nous animer c’est la notion de plaisir. Quand il n’y a plus de plaisir, tout s’effondre. C’est le plaisir qui doit dominer et c’est quelque chose qui nous unis tous.

 

 

 

 

 

Merci à Clémence Beretta de nous avoir accordé cette interview. Vous pouvez la retrouver sur Facebook et sur Instagram. N’hésitez pas également à aller consulter sa boutique en ligne Yogisens.

 

 

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