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Pauline Payet : tennis, coaching et confiance

Pauline Payet

Pauline Payet a construit un parcours singulier entre compétition, transmission et visibilité. Joueuse professionnelle, coach et créatrice de contenu, elle évolue aujourd’hui entre le court, l’entraînement et les réseaux sociaux.

Son concept « Pauline VS Men » lui a aussi permis de toucher un public plus large. De nombreuses femmes se sont reconnues dans son message.

Pauline Payet revient pour Femme de Sport sur son histoire avec le tennis, son regard de coach, la naissance de son format vidéo et ses projets pour la suite.


Un parcours commencé par hasard à La Réunion

Femme de Sport : Pour commencer, j’aimerais revenir sur ton histoire avec le tennis. Est-ce que tu peux nous raconter ton parcours ?

Pauline Payet : J’ai commencé le tennis un peu par hasard. Je suis née à La Réunion et j’ai grandi là-bas. Je faisais d’abord de la natation pour apprendre à bien nager. La piscine où je m’entraînais se trouvait dans un club de tennis. Je passais donc tous les mercredis devant les courts.

J’ai ensuite eu des problèmes aux tympans. J’ai dû me faire opérer des deux oreilles, à 5 ans puis à 7 ans. La natation devenait plus compliquée. Je devais éviter de mettre trop souvent la tête sous l’eau.

Mes parents voulaient absolument que je fasse un sport. Ils m’ont donc demandé ce que je voulais essayer. Je passais souvent devant les courts. J’ai donc proposé le tennis.

J’ai commencé en plein milieu d’année dans un cours avec d’autres jeunes. J’ai adoré les sensations dès les premières balles. Depuis, je n’ai jamais arrêté.

Femme de Sport : À quel moment tu t’es dit que tu voulais vraiment aller plus loin dans ce sport ?

Pauline Payet : Tout est allé assez vite. J’ai intégré l’école de compétition six mois après mes débuts pour m’entraîner davantage. J’ai ensuite commencé les tournois. J’ai remporté le championnat de La Réunion dans ma catégorie d’âge neuf mois après mes débuts.

Je suis restée à La Réunion entre 9 et 13 ans. Je faisais les tournois sur place. Je venais aussi en métropole deux ou trois fois par an pour participer à des tournées ou à des tournois nationaux.

Je suis partie seule de La Réunion à 13 ans pour intégrer un internat et me professionnaliser. Mes parents sont restés là-bas. Je me suis donc retrouvée seule assez jeune.

J’ai commencé à me déplacer davantage en France à partir de 15 ans pour les tournois nationaux. J’ai ensuite joué mes premiers tournois professionnels à 17 ans. J’ai aussi remporté mes premiers points WTA. Je suis montée jusqu’à la 577e place mondiale.

Je n’ai jamais pu faire de saison complète sur le circuit international. Je n’avais pas le budget nécessaire. Une saison pleine représente au moins 25 tournois. Moi, j’en faisais une dizaine par an, en plus des tournois français. J’ai donc dû arrêter le circuit international à contre-cœur.

J’ai commencé à donner mes premiers cours en 2017. J’ai passé mon diplôme d’État. J’ai ensuite suivi des formations en préparation physique, en nutrition, en récupération sportive et en coaching de padel.

Je suis coach depuis presque dix ans. Je donne des cours la semaine. Je joue aussi sur les grands tournois français le week-end. J’ai atteint la 36e place française à mon meilleur classement. La création de contenu s’est aussi ajoutée à mon quotidien depuis presque trois ans.


Le coaching comme nouvelle lecture du jeu

Femme de Sport : Aujourd’hui, tu es à la fois joueuse et coach. Est-ce que coacher t’a permis de prendre du recul sur ton propre parcours ?

Pauline Payet : Oui, totalement. J’ai obtenu mon meilleur classement, 36e française, alors que je ne m’entraînais presque plus.

Je ne fais presque plus d’entraînement tennistique aujourd’hui. Je joue surtout des matchs. J’essaie aussi de faire un peu de préparation physique pour rester en forme.

Le coaching m’a apporté une meilleure compréhension du jeu. Je pensais déjà bien comprendre le tennis comme joueuse. Le coaching m’a donné un autre regard.

Un coach ne reste pas centré sur lui-même. Il observe la progression de la personne en face. Cette posture m’a appris à mieux observer l’adversaire, à mieux analyser le jeu et à prendre davantage de recul.

Une joueuse reste souvent très focalisée sur elle-même. Le coaching m’a apporté plus d’ouverture, plus d’expérience et une vraie prise de recul.

Femme de Sport : Quand tu accompagnes des joueurs ou des joueuses, qu’est-ce que tu essaies de transmettre en priorité ?

Pauline Payet : J’aime transmettre des valeurs avant tout. L’objectif reste bien sûr de progresser au tennis. Mais le tennis est aussi une école de la vie.

Ce sport apprend à gérer ses émotions. Il apprend aussi à faire face à soi-même, à trouver des solutions et à réfléchir. Le tennis crée un vrai parallèle avec la vie en général.

J’essaie donc de transmettre cet aspect humain. Les éléments techniques et tactiques restent évidemment essentiels pour bien jouer.


« Pauline VS Men », un défi né dans les clubs

Femme de Sport : Tu t’es aussi fait connaître auprès d’un public plus large avec le concept « Pauline VS Men ». Comment est née cette idée ?

Pauline Payet : Les clubs de tennis font souvent naître ce type de discussions : « Cette fille joue combien ? Quel homme pourrait battre telle joueuse ? Est-ce qu’il a le niveau ? » Ces conversations reviennent très souvent dans le tennis.

Ces remarques installent une idée avec le temps. Beaucoup de personnes pensent qu’une fille ne pourrait pas battre un garçon simplement parce que c’est une fille. Cette idée fait presque partie du quotidien. On finit même par s’y habituer, à tort.

J’avais repris ma chaîne YouTube quelques semaines avant de lancer le défi. Je filmais mes matchs. J’ai ensuite pensé à un format de matchs mixtes où j’affronterais des hommes.

J’ai réfléchi au format et à la manière de le construire. J’ai ensuite lancé l’idée qui me semblait la plus pertinente : commencer au classement 30, puis monter d’un classement après chaque victoire pour créer une vraie série.

Femme de Sport : Depuis le lancement de « Pauline VS Men », quelles réactions t’ont le plus marquée ?

Pauline Payet : Les personnes qui sont venues me voir en vrai ont été très bienveillantes. Elles m’ont fait beaucoup de compliments sur le projet. Beaucoup de gens m’ont connue grâce à ce défi. Les clubs de tennis me reconnaissent souvent grâce à « Pauline VS Men ». C’est très agréable.

J’ai aussi reçu beaucoup de messages de femmes. Elles me disaient que le concept leur avait donné confiance. Certaines osaient davantage jouer avec des hommes. D’autres se sentaient plus capables de les battre.

Des jeunes filles avaient aussi peur de jouer avec des garçons. Ces matchs les ont aidées à dépasser ce blocage.

Je trouve que le projet a eu un impact très positif sur le tennis. Les réseaux sociaux apportent toujours quelques commentaires négatifs. Mais les retours ont été très positifs dans l’ensemble.

Une médiatisation du sport féminin encore incomplète

Femme de Sport : Chez Femme de Sport, on essaie justement de mieux raconter les parcours de sportives. Selon toi, qu’est-ce qui manque encore dans la manière dont les médias parlent du sport féminin ?

Pauline Payet : Je trouve que les femmes apparaissent encore rarement à la une des journaux ou des magazines. Les hommes restent souvent davantage mis en avant.

Les pages consacrées au tennis placent rarement une femme en premier. Les sportives arrivent souvent après.

Je ne dirais pas que les femmes sont totalement laissées de côté. Mais l’inconscient collectif donne encore souvent la priorité au sport masculin. Beaucoup de personnes pensent d’abord aux hommes quand elles pensent à un sport.

Le sport masculin bénéficie donc encore d’une mise en avant plus importante. Les sportives sont visibles, mais elles ne le sont pas autant. Elles ne sont pas toujours montrées de la même manière.

La confiance, un enjeu essentiel pour les jeunes filles

Femme de Sport : Tu parles aussi beaucoup de confiance, notamment chez les jeunes filles. Pourquoi ce sujet est-il important pour toi ?

Pauline Payet : La confiance joue un rôle très important chez les jeunes filles. La préadolescence et l’adolescence sont des périodes sensibles. La puberté, les émotions et la sensibilité peuvent rendre ces années difficiles.

Je pense qu’il faut redonner confiance aux jeunes filles pour qu’elles commencent le tennis. Il faut aussi les aider à continuer. Je parle du tennis parce que c’est mon sport, mais ce sujet concerne le sport en général. Les clubs accueillent encore moins de filles que de garçons.

L’entourage joue un rôle énorme. Les entraîneurs, les parents, les clubs, l’environnement familial et l’éducation peuvent aider les jeunes filles à prendre confiance.

Le manque de visibilité du sport féminin joue aussi. Les jeunes filles intègrent inconsciemment cette absence de mise en avant. Cette réalité ne les aide pas toujours à croire en leur place dans le sport.

Les projets de Pauline Payet pour la suite

Femme de Sport : Pour finir, quels sont tes projets pour la suite, sur le court comme en dehors ?

Pauline Payet : J’ai plusieurs objectifs. Ma carrière de joueuse arrive doucement vers sa fin. J’ai bientôt 32 ans. Je ne m’entraîne presque plus. Mon objectif reste donc de me maintenir le plus longtemps possible parmi les meilleures joueuses françaises. J’aimerais rester idéalement dans le top 60 français.

J’ai envie d’aider un maximum de personnes à progresser grâce au coaching. Mon expérience et mon expertise peuvent servir à beaucoup de joueurs et de joueuses. Le fait d’être une femme coach compte aussi beaucoup pour moi. Le tennis compte encore peu de femmes coachs. Leur nombre augmente, mais elles restent minoritaires. J’ai envie d’apporter cette touche féminine dans le coaching.

Je souhaite aussi développer mon Académie Tennis 360. Cette académie en ligne me permet de toucher davantage de personnes. Elle s’adresse aussi aux personnes qui ne peuvent pas venir s’entraîner physiquement avec moi.

Je suis aujourd’hui la femme numéro 1 dans le tennis francophone côté création de contenu. Je veux continuer à développer cette partie. Une saison 2 de « Pauline VS Men » va aussi arriver. Je ne sais pas encore exactement sous quelle forme, mais elle est prévue.

J’ai aussi eu l’occasion de commenter pour la FFT et d’être consultante. Je veux continuer à faire différentes choses autour du tennis. Ces projets doivent rester alignés avec mes valeurs et avec ce sport.

Pauline Payet : en résumé

    • Le tennis est entré dans la vie de Pauline Payet presque par hasard, après l’arrêt de la natation.

    • Son parcours l’a menée de La Réunion au circuit professionnel, jusqu’à la 577e place mondiale.

    • Le manque de budget l’a empêchée de faire une saison complète sur le circuit international.

    • Le coaching lui a permis de mieux comprendre le jeu et de prendre du recul sur son propre parcours.

    • « Pauline VS Men » a ouvert une discussion autour du regard porté sur le niveau des femmes dans le tennis.

    • Pauline Payet veut désormais continuer à jouer, coacher, créer du contenu et développer ses projets autour du tennis.


À travers son parcours, Pauline Payet montre qu’une carrière sportive peut prendre plusieurs formes. Elle continue de faire vivre le tennis autrement comme joueuse, coach et créatrice de contenu. Elle donne aussi davantage de visibilité aux femmes dans ce sport.

Crédit photo © : Arnaud Lerondeau

Pour aller plus loin sur le tennis féminin, n’hésitez pas à découvrir notre article consacré à l’US Open.

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