Anna Martinez a grandi au pied des montagnes avant de se faire une place parmi les meilleures snowboardeuses de freeride au monde. Athlète du Freeride World Tour, elle partage aujourd’hui son quotidien entre la compétition, la préparation sportive et les nombreux déplacements imposés par le haut niveau.
La snowboardeuse a longtemps mené sa carrière en parallèle de ses études. Elle vient désormais d’obtenir son master STAPS et souhaite se consacrer pleinement à sa discipline, avec un objectif majeur : participer aux Jeux olympiques de 2030.
Anna Martinez revient pour Femme de Sport sur son enfance à Chamonix, sa découverte du freeride, les risques liés à la montagne, la place des femmes dans les sports de glisse et ses ambitions pour la suite.
Anna Martinez : une enfance entre la montagne, la danse et le snowboard
Femme de Sport : Pour commencer, est-ce que tu peux revenir sur ton histoire avec la montagne ? Est-ce que tu as grandi dans cet environnement et quelle place occupait-il dans ton quotidien quand tu étais plus jeune ?
Anna Martinez : Je suis née à Sallanches, juste à côté de Chamonix. J’ai donc grandi dans cet environnement depuis toute petite, même si mes parents ne viennent pas du tout de la région. Mon père est marseillais et ma mère est belge. Ce ne sont donc pas eux qui m’ont transmis cette culture de la montagne.
J’ai intégré un parcours sport-études en snowboard dès la sixième. Je pratiquais alors le snowboardcross et le géant avec ma sœur jumelle. Nous avons réalisé toute notre scolarité et notre parcours sportif ensemble.
Mes parents nous ont aussi fait essayer beaucoup d’activités. J’ai pratiqué le jiu-jitsu, la gymnastique et surtout la danse. J’ai commencé la danse à 5 ans et j’ai continué jusqu’à mes 18 ans.
Le snowboard n’a donc pas été mon premier sport. J’ai commencé vers 8 ans, après être passée par le ski comme beaucoup d’enfants.
Le freeride, une liberté totale en montagne
Femme de Sport : Tu pratiquais plusieurs sports avant de te consacrer pleinement au snowboard. À quel moment as-tu compris que cette discipline te correspondait vraiment ?
Anna Martinez : J’ai continué la danse et le snowboard en parallèle jusqu’en terminale. J’étais au conservatoire de danse d’Annecy et, pendant un temps, je pensais arrêter complètement le snowboard pour me consacrer à la danse.
J’avais déjà diminué ma pratique du snowboard. J’ai aussi arrêté le snowboardcross et le géant, car je ne prenais plus de plaisir dans ces disciplines. J’avais peur et je ne pensais pas avoir un niveau suffisant pour aller plus loin.
J’ai également compris que je ne souhaitais pas forcément construire une carrière dans la danse. Je ne me voyais pas devenir professeure de danse. Cette activité représentait finalement davantage un loisir et une passion.
J’ai découvert le freeride en participant à ma première compétition à Chamonix en 2016. J’ai ensuite pris ma licence de freeride en 2017. J’ai retrouvé le goût de la compétition dans une discipline qui me correspondait beaucoup plus.
Le freeride me paraissait plus libre, plus amusant et moins contraignant que le snowboardcross. Il n’y avait pas de fédération, d’équipe ou de coach imposé. Nous pratiquions surtout entre amis. Je me suis alors dit que c’était la discipline dans laquelle je souhaitais évoluer.
Femme de Sport : Le snowboard est connu du grand public, mais le freeride reste une discipline plus confidentielle. Comment le définirais-tu avec tes propres mots ?
Anna Martinez : Le freeride est une discipline dans laquelle nous sommes libres d’aller où nous voulons dans la montagne.
Nous évoluons toujours en hors-piste, sur des espaces qui n’ont pas été balisés ou aménagés par l’être humain. Les juges nous attribuent une face de montagne en amont de la compétition. Nous devons ensuite créer notre propre ligne.
Nous choisissons où nous voulons passer, tourner ou sauter. Chaque athlète peut donc construire un itinéraire différent.
En compétition, les juges évaluent l’esthétisme, le contrôle, la technique et la fluidité. Ils prennent aussi en compte les sauts et les figures.
Le freeride n’est pas chronométré. Il possède une part de subjectivité, mais les juges s’appuient tout de même sur un barème et des critères très précis.
Quand une passion devient progressivement un métier
Femme de Sport : À quel moment as-tu compris que le snowboard pouvait devenir plus qu’une passion et peut-être un véritable métier ?
Anna Martinez : Cette prise de conscience est assez récente.
Dès mes débuts en compétition de freeride, je savais que je souhaitais poursuivre mes études. J’ai commencé mes études en STAPS et j’ai toujours voulu aller jusqu’au master. Il était important pour moi d’obtenir un diplôme et de conserver un bagage pour la suite.
Le snowboard restait avant tout une passion. Je n’avais jamais vraiment imaginé pouvoir en vivre ou en faire mon métier.
La situation a changé après ma qualification pour le Freeride World Tour en 2024. J’ai commencé à obtenir des contrats plus importants avec mes sponsors. Leur aide m’a permis de financer ma saison d’hiver sans avoir à mettre d’argent personnel.
J’ai alors compris qu’il devenait peut-être possible de parler du snowboard comme de mon métier.
Je continue tout de même à travailler un peu pendant les étés, car nous sommes encore loin des revenus de certains sports professionnels. Mais cette perspective est devenue beaucoup plus concrète depuis environ deux ans.
Des études menées en parallèle du haut niveau
Femme de Sport : Tu as toujours voulu poursuivre tes études en parallèle de ta carrière sportive. Comment as-tu réussi à concilier les entraînements, les compétitions, les déplacements et un master STAPS ?
Anna Martinez : J’ai réussi à tout concilier, mais cela n’a pas toujours été simple.
Je devais négocier chaque année avec mon établissement pour obtenir des aménagements. Le freeride n’était pas reconnu par l’État et ne dépendait pas d’une fédération. Je ne figurais donc sur aucune liste ministérielle de sportifs de haut niveau.
Je devais envoyer mon calendrier de compétitions pour montrer que mon emploi du temps ressemblait à celui d’un athlète engagé en Coupe du monde.
Les établissements ont finalement toujours accepté de m’accorder un statut adapté. Mais je devais recommencer toutes les démarches chaque année.
Le début de ma licence à Chambéry a été le plus compliqué. Je suivais mes cours en présentiel et je ne pouvais partir en compétition que le week-end. Je m’entraînais donc presque uniquement pendant les compétitions.
En troisième année de licence, à Grenoble, j’ai pu intégrer une formation presque entièrement à distance. J’ai ensuite réalisé mon master à Lyon. J’ai réussi à négocier un aménagement qui me permettait de venir uniquement pour les examens. Je pouvais rester à Chamonix le reste de l’année pour m’entraîner.
Femme de Sport : Malgré tes études en STAPS, tu avais donc parfois du mal à faire reconnaître ton statut de sportive de haut niveau ?
Anna Martinez : Oui, et je trouvais cette situation assez paradoxale.
Je suivais des études dans le domaine du sport, avec une spécialisation dans l’entraînement et l’accompagnement des sportifs de haut niveau. Pourtant, je devais constamment prouver mon propre statut pour obtenir des aménagements adaptés.
J’ai toujours trouvé étonnant de rencontrer autant de difficultés alors que ma formation était directement liée à la réalité que je vivais comme sportive.
Le risque naturel au cœur de la pratique
Femme de Sport : Le freeride est une discipline où le risque est omniprésent. Quel est aujourd’hui ton rapport à la peur et à la possibilité de te blesser ?
Anna Martinez : J’ai davantage peur des risques naturels liés à la montagne que de la blessure.
Jusqu’à présent, je n’ai jamais connu de grosse blessure en snowboard. J’ai eu quelques problèmes aux poignets lorsque j’étais plus jeune, mais rien de très important.
Les avalanches et les autres risques naturels sont en revanche présents autour de nous pendant tout l’hiver.
Je pratique surtout le freeride en compétition. Dans ce contexte, nous sommes très encadrés. Les accidents restent extrêmement rares et une équipe importante est présente pour intervenir rapidement en cas de problème.
La situation est différente lorsque je m’entraîne avec des amis ou avec mon coach. Nous devons alors être beaucoup plus réfléchis et vigilants.
Nous essayons de suivre des formations, notamment au début de chaque saison, pour revoir les bases de la sécurité en montagne. L’objectif consiste toujours à prévenir l’accident plutôt qu’à devoir le gérer une fois qu’il s’est produit.
Le mental comme élément central de la performance
Femme de Sport : Quelle place occupe aujourd’hui le mental dans ta manière d’aborder une compétition ?
Anna Martinez : Le mental occupe une place très importante dans ma préparation.
J’essaie de m’entourer de plusieurs personnes qui m’apportent des compétences complémentaires. J’ai un entraîneur de snowboard, un préparateur physique et je suis également accompagnée par une sophrologue depuis cinq ans.
Ce suivi reste régulier tout au long de l’année.
Avec ma sophrologue, nous faisons une vraie distinction entre la personne et l’athlète. Nous travaillons d’abord sur ma vie personnelle, mes émotions et les problématiques que je peux rencontrer en dehors du sport.
Je considère qu’un athlète ne peut pas atteindre ses objectifs s’il ne se sent pas bien dans sa vie personnelle. Nous essayons donc d’abord d’apaiser cette partie avant de nous concentrer sur la performance sportive.
Pendant l’hiver, je laisse davantage ma vie personnelle de côté pour me focaliser sur mes objectifs. Je progresse compétition après compétition, étape après étape, jusqu’aux finales lorsque je parviens à me qualifier.
Une saison courte mais particulièrement intense
Femme de Sport : À quoi ressemble une saison de compétition sur le Freeride World Tour ?
Anna Martinez : Notre saison de compétition est assez courte. Elle commence généralement à la fin du mois de janvier et se termine à la fin du mois de mars ou au début du mois d’avril.
Elle dure environ trois mois, mais cette période reste très intense. Nous disputons à peu près six compétitions. Nous sommes en déplacement presque toutes les semaines ou toutes les semaines et demie.
Nous devons arriver plusieurs jours avant chaque compétition. Ce temps nous permet de repérer la face et de participer aux cérémonies d’ouverture ou aux différents événements organisés par les villes qui nous accueillent.
Chaque étape représente donc plusieurs jours de déplacement.
Les athlètes européens restent tout de même avantagés, car la majorité des compétitions se déroule en Europe. Une étape se tient en Alaska et une autre en Géorgie.
Les athlètes américains ou néo-zélandais doivent effectuer beaucoup plus de voyages. Certains choisissent même de rester en Europe pendant toute la saison pour éviter de multiplier les allers-retours.
Pendant ces trois mois, nous passons beaucoup de temps dans les avions, dans les voitures et en montagne.
Une représentation encore trop centrée sur le lifestyle
Femme de Sport : Selon toi, qu’est-ce qui manque encore dans la manière dont les médias parlent du snowboard et des sports de glisse féminins ?
Anna Martinez : J’ai 25 ans. Je n’ai donc pas suffisamment de recul pour comparer précisément la médiatisation actuelle avec celle des générations précédentes.
Je remarque toutefois une différence dans la manière dont les femmes et les hommes sont présentés, y compris dans la communication du Freeride World Tour.
Les femmes bénéficient d’une certaine visibilité en quantité. Mais les images choisies ne montrent pas toujours la même chose.
Les hommes apparaissent davantage dans l’action, avec des passages impressionnants, des sauts ou des prises de risque importantes.
Les femmes sont plus souvent montrées au départ, pendant leur préparation, lorsqu’elles s’habillent ou dans des contenus davantage tournés vers le lifestyle.
Les organisations essaient de progresser et de mieux nous mettre en avant. Mais cette différence reste encore visible.
Des opportunités toujours inégales
Femme de Sport : En tant que femme dans cette discipline, est-ce que tu bénéficies des mêmes opportunités que les hommes, notamment en matière de compétition, de revenus, de sponsors ou de visibilité ?
Anna Martinez : Nous sommes encore loin d’être sur un pied d’égalité avec les hommes dans le freeride.
Les primes sont identiques depuis quelques années. Les femmes et les hommes gagnent donc le même montant lorsqu’ils montent sur le podium. Cette évolution représente une vraie avancée.
Le nombre de participants reste cependant très différent. Il peut y avoir environ 25 skieurs contre seulement 7 snowboardeuses.
L’organisation effectue ensuite une sélection pendant la saison. Elle conserve environ 60 % des athlètes de chaque catégorie pour les finales.
Soixante pour cent de sept snowboardeuses représentent seulement quatre personnes. Nous pouvons donc n’être que quatre lors des finales.
Une athlète peut terminer dernière d’une compétition tout en occupant, sur le papier, la quatrième place mondiale. Je trouve que cette situation enlève du sens au classement.
Nous essayons chaque année d’obtenir davantage de places. Je ne comprends pas toujours les raisons avancées par l’organisation pour maintenir un nombre aussi faible de participantes.
Un départ différent lors de la finale de Verbier
Femme de Sport : Existe-t-il d’autres différences importantes entre les femmes et les hommes sur le circuit ?
Anna Martinez : La grande finale du Freeride World Tour se déroule à Verbier, sur le Bec des Rosses. Cette face est mythique, mais elle reste aussi la plus engagée de la saison.
Il s’agit de la seule compétition pendant laquelle les femmes et les hommes ne partent pas du même endroit.
L’organisation considère que les femmes ne possèdent pas encore le niveau nécessaire pour partir du sommet.
La pente est particulièrement raide. Le départ se situe autour de 45 degrés et certaines portions atteignent environ 50 degrés. Cette face demande beaucoup de technique et une vigilance permanente. Une chute peut avoir des conséquences importantes.
Les femmes n’ont encore jamais eu l’occasion de partir depuis le même endroit que les hommes.
L’organisation nous explique chaque année qu’elle aimerait faire évoluer la situation. Pourtant, rien ne change réellement pour le moment.
Une dynamique variable du côté des sponsors
Femme de Sport : Est-ce que tu observes aussi des différences concernant les sponsors ?
Anna Martinez : Les marques ont eu, pendant un temps, une volonté assez importante de mettre davantage de femmes en avant.
Cette démarche pouvait parfois sembler un peu artificielle. Certaines entreprises semblaient vouloir intégrer des sportives uniquement pour montrer qu’elles soutenaient les femmes.
Cette tendance nous a malgré tout permis d’obtenir des financements et davantage de soutien. Elle a donc aussi eu des effets positifs.
J’ai aujourd’hui l’impression que cette dynamique commence à diminuer. Les marques paraissent moins engagées dans cette logique qu’il y a quelques années. Les femmes ne sont peut-être plus autant mises en avant.
Les Jeux olympiques de 2030 comme nouveau rêve
Femme de Sport : L’arrivée du freeride aux Jeux olympiques de 2030 pourrait-elle représenter un tournant majeur pour toi et pour la discipline ?
Anna Martinez : Ma première réaction a été assez particulière lorsque j’ai appris que le freeride pouvait intégrer les Jeux olympiques.
Cette possibilité a commencé à être évoquée autour de 2022. J’avais l’impression qu’on m’imposait soudainement un nouveau rêve à 25 ans.
Les Jeux olympiques représentent généralement un rêve d’enfance. Les athlètes grandissent souvent avec cet objectif dès leurs débuts dans une discipline.
Je pratiquais déjà le freeride depuis presque dix ans lorsque cette perspective est apparue. J’avais donc du mal à me projeter dans ce nouveau projet.
Maintenant que cette arrivée est officielle, je me dis que cette opportunité reste incroyable. Elle représente aussi une étape logique dans la professionnalisation de notre sport.
Le freeride reste une discipline assez méconnue du grand public. Son entrée aux Jeux olympiques pourra nous apporter davantage de visibilité et de financements.
Beaucoup de mes amis se lancent dans le freeride, mais doivent arrêter pour des raisons financières. Cette reconnaissance olympique pourrait réellement changer les choses.
Une occasion de mieux parler de sécurité
Femme de Sport : Est-ce que cette nouvelle visibilité peut également avoir un impact sur la sécurité en montagne ?
Anna Martinez : Oui, complètement.
Le freeride peut sembler impressionnant, spectaculaire et attirant. Mais cette discipline n’est pas accessible sans préparation.
Une personne doit posséder de l’expérience, des connaissances et de vrais réflexes de sécurité avant de se lancer.
Les Jeux olympiques pourraient permettre de mieux communiquer sur ces sujets. Cette visibilité peut encourager la création de structures, de formations et de campagnes consacrées à la sécurité en montagne.
Le public doit comprendre que le freeride reste un sport spectaculaire, mais qu’il demande aussi beaucoup de préparation et de responsabilité.
Un objectif précis pour les quatre prochaines années
Femme de Sport : Qu’est-ce que cet objectif olympique change concrètement dans ta préparation ?
Anna Martinez : Je suis une athlète assez cadrée et scolaire. J’aime recevoir des consignes, suivre une direction précise et savoir où je vais.
Les Jeux olympiques correspondent parfaitement à ce fonctionnement.
Je connais désormais mon objectif pour les quatre prochaines années. J’ai aussi réussi à construire une équipe autour de moi et à trouver les personnes dont j’ai besoin pour progresser.
Je vais donc tout donner pour essayer de participer aux Jeux de 2030.
Cette reconnaissance peut également aider les futurs étudiants qui pratiqueront le freeride à haut niveau. Ils rencontreront peut-être moins de difficultés pour obtenir des aménagements, puisque la discipline sera davantage reconnue et structurée.
Ces évolutions peuvent sembler secondaires, mais elles facilitent énormément la vie des sportifs.
La régularité avant la performance ponctuelle
Femme de Sport : Après plusieurs saisons au plus haut niveau et des résultats réguliers sur le Freeride World Tour, qu’est-ce qui te motive encore à progresser et à aller chercher la première place ?
Anna Martinez : Le fait de ne pas avoir encore obtenu la première place au classement général représente déjà une grande source de motivation.
Je reste aussi très attachée à la régularité. Pendant ma première saison sur le Freeride World Tour, j’ai obtenu un podium sur chaque étape, avec notamment une victoire.
Cette constance m’a finalement apporté davantage de satisfaction que cette seule victoire.
Un véritable athlète doit, selon moi, être capable de performer du début à la fin d’une saison, voire pendant plusieurs saisons.
Je fais une différence entre un athlète régulier et une personne qui réalise une seule performance exceptionnelle avant de disparaître. Cette personne reste davantage un performeur ponctuel.
Mon objectif consiste donc à conserver ma régularité tout en améliorant mes résultats. Si je réalise uniquement des deuxièmes places, je dois maintenant chercher à les transformer en premières places.
Une concurrence qui pousse à progresser
Femme de Sport : Le fait d’être aussi proche du titre renforce-t-il ton ambition ou cela crée-t-il une pression supplémentaire ?
Anna Martinez : Cette proximité reste surtout stimulante. Elle ne crée pas forcément de pression supplémentaire.
Le niveau du snowboard féminin progresse énormément chaque année. La différence avec les saisons précédentes est impressionnante.
Mes concurrentes m’impressionnent parfois. Je peux me demander comment je vais réussir à les battre. Mais je me rappelle aussi que ma présence sur le circuit montre que je possède le niveau pour aller chercher ce titre.
Je trouve très satisfaisant de participer à cette évolution du snowboard féminin.
Nous étions très peu de filles lorsque j’ai commencé le freeride chez les juniors. Les écarts de niveau étaient aussi importants. Je suis donc rapidement montée sur les podiums et j’ai obtenu plusieurs premières places.
Cette situation ne me stimulait pas toujours comme compétitrice, car la concurrence restait assez faible.
J’ai adoré commencer à être battue lorsque je suis arrivée sur le circuit qualificatif. J’avais enfin du travail à accomplir. Je pouvais identifier ce qu’il me manquait pour dépasser les autres.
Je recherche aujourd’hui cette même sensation sur le Freeride World Tour.
Les projets d’Anna Martinez pour la suite
Femme de Sport : Quels sont tes projets pour la suite, à court et à plus long terme ?
Anna Martinez : Je viens de terminer mes études. J’ai passé mes derniers examens en juin et je suis désormais diplômée de mon master.
Je ne suis donc officiellement plus étudiante. Ma priorité va maintenant être de me concentrer davantage sur le snowboard.
Mon principal objectif concerne les quatre prochaines années et les Jeux olympiques de 2030. J’aurai 30 ans à ce moment-là.
Cet âge peut tout à fait me permettre de continuer. Je verrai néanmoins où j’en serai et si je souhaite poursuivre ma carrière ou commencer une nouvelle étape.
J’aimerais ensuite utiliser mon master après ma carrière sportive. Je ne sais pas encore précisément sous quelle forme.
Je pourrais, par exemple, intégrer l’encadrement de la future équipe de France de snowboard en tant que préparatrice physique.
Le message d’Anna Martinez aux jeunes filles
Femme de Sport : Pour terminer, quel message aimerais-tu transmettre aux jeunes filles qui souhaitent pratiquer un sport de montagne ou se lancer dans une discipline encore très masculine ?
Anna Martinez : Les filles qui souhaitent se lancer dans un sport considéré comme très masculin doivent d’abord se libérer de cette idée.
Le nombre de pratiquantes ne détermine pas leur place. Le fait qu’une discipline compte peu de filles ne signifie pas qu’elles ne peuvent pas la pratiquer.
Dans mon expérience personnelle, les garçons ont toujours été très accueillants avec les filles. Il ne faut donc pas créer soi-même des barrières avant même d’avoir essayé.
Le plaisir doit rester la principale motivation.
La sécurité reste toutefois indispensable dans les sports extrêmes et les sports d’hiver. Une personne qui souhaite pratiquer sur le long terme doit se former, connaître les risques et apprendre les bons réflexes.
Anna Martinez : en résumé
Anna Martinez a découvert le freeride après avoir grandi près de Chamonix et pratiqué plusieurs sports.
Elle a mené de front un master STAPS et une carrière sur le Freeride World Tour.
Elle défend une meilleure reconnaissance des snowboardeuses, encore moins nombreuses et moins mises en avant que les hommes.
Son prochain grand objectif est de participer aux Jeux olympiques de 2030.
À travers son parcours, Anna Martinez montre que le haut niveau se construit autant par la régularité, la préparation et la persévérance que par les résultats.
Retrouvez également l’interview complète d’Anna Martinez en format audio sur le podcast Femme de Sport, disponible sur Spotify.